16 décembre 2015

Histoire et mémoires : comment sortir de leurs affrontements

avec Philippe Joutard

Qu’ont en commun les controverses parfois violentes à propos des lois mémorielles : la loi Gayssot contre le négationnisme (juillet 1990), la loi Taubira condamnant les traits et l’esclavage (mai 2001), le projet de loi sur « le rôle positif de la colonisation » (février 2005), à propos des derniers programmes scolaires de 2015, ou encore quand il s’agit de la place à accorder aux guerres de religion, à la Terreur révolutionnaire, au régime de Vichy ou à la guerre d’Algérie dans le récit national ?
On oppose toujours deux « vérités » dans ces débats : celle recherchée par les travaux des historiens, faisant de la distance aux évènements « refroidis » l’assise de leur démarche scientifique, codifiée, contextualisée ; et celle des mémoires, individuelles ou collectives, des vivants ou des morts, transmises oralement souvent, encore « chaudes » ou ravivant les émotions et les passions que le temps avait mises à distance ou occultées.

Les enjeux, eux, sont bien inscrits dans le présent et les faits évoqués souvent instrumentalisés socialement et politiquement : concurrence des mémoires et/ou désaccords d’historiens, revendications contre les oublis, voire dissimulations, attribués aux historiens ou aux politiques, sans parler du « devoir de mémoire » brandi comme un étendard… Peut-on sortir de ce type d’affrontement sans tomber dans la confusion ?

L’histoire serait-elle « une passion française ? » comme on le dit souvent chez nos voisins !

Pour ne pas oublier que Clio est fille de Mnémosyne, nous avons demandé à Philippe Joutard, longtemps Professeur d’Histoire Moderne à Aix-en-Provence, spécialiste de l’histoire des religions, ancien recteur (1989-1997), président de la commission de programmes pour l’école primaire en 2001 et 2002, de venir nous aider à y voir plus clair et à dégager les conditions d’une indispensable alliance, meilleure manière de vaincre l’oubli et de se prémunir contre les excès mémoriels.
Pionnier de l’histoire orale avec un livre qui a fait date, « La légende des Camisards » (1977), Philippe Joutard a publié en 2013 « Histoire et mémoires, conflits et alliance » c’est dire s’il saura répondre à vos questionnements dans ce nouveau Café d’Histoire d’Aix, le dernier de l’année 2015.