16 mai 2018

La laïcité scolaire à l’épreuve de la visibilité nouvelle du fait musulman

Vanille Laborde

La laïcité, pour exister dans le débat public, a-t-elle besoin de se trouver un adversaire ? L’histoire semble valider cette hypothèse. Pour les premiers défenseurs de l’idée laïque, l’Église catholique constituait cet ennemi. Puis vint la période de focalisation du « combat laïque » sur l’enseignement privé. Dans l’entre-deux-guerres, mais aussi pendant les années 1970-1980 en particulier, les militants de l’école unique s’opposaient au financement public des écoles confessionnelles. C’est probablement d’ailleurs la seule bataille qu’ils aient perdu. Aujourd’hui, la laïcité s’est trouvé un nouveau rival : la religion musulmane. Cette idée d’une confrontation perpétuelle de la laïcité avec un élément supposé la mettre en péril s’illustre d’ailleurs dans l’expression de « combat laïque », aujourd’hui encore d’usage
L’apparition de la religion musulmane dans le débat public s’est accompagnée de controverses. En France, c’est tout particulièrement la visibilité vestimentaire de certains musulmans qui cristallisera les tensions : la focale française semble être le voile, et ce depuis la fin des années 1980. La visibilité de l’islam en contexte scolaire est alors souvent appréhendée sous l’unique angle de la conflictualité. Face à l’islam, devenue deuxième religion de France, il semblerait que se soit produit un redéploiement de la laïcité, qui s’est convertie en un instrument de protection de l’identité majoritaire.

Dans l’institution scolaire publique, la visibilité nouvelle du fait religieux musulman a engendré bien des interrogations, tout d’abord chez un personnel enseignant qui avait longtemps été socialisé à une vision plutôt antireligieuse. Selon eux, l’instruction massive de la population et la démocratisation scolaire devait accompagner un mouvement de sécularisation des consciences.
Face à cette donne nouvelle, la question scolaire a souvent été le révélateur des tensions qui traversent la société française. En quoi la supposée résurgence de l’objet religieux dans une école largement sécularisée va-t-elle favoriser un redéploiement de la laïcité ? Comment les nouveaux défis auxquels la France est confrontée ont-ils abouti à une mutation profonde de la laïcité ? Au sein de l’école de la République, l’islam est-il compatible avec la laïcité ?

Pour parler de ce sujet, le café d’histoire invite Vanille Laborde, chargé de cours à Sciences Po d’Aix-en-Provence et doctorante et au Centre de recherche CHERPA (Croyances, Histoire, Espace, Régulation Politique et Administration) de Sciences Po.