18 avril 2018

Les désastres de la guerre : Francisco Goya interroge l’Histoire de son temps

avec Bernard BESSIERE

Francisco de Goya [1746-1828] appartient à deux siècles : le XVIIIe où il se fait connaître à la Cour comme cartoniste de tapisseries pour les demeures royales, puis le XIXe siècle où il donnera libre cours à la puissance de ses visions, au point d’inaugurer plusieurs voies qu’emprunteront plus tard les courants impressionniste et expressionniste. Si les critiques d’art s’accordent à penser que Goya est un peintre profondément innovant c’est parce qu’il a maîtrisé différentes techniques avec originalité et hardiesse : peinture de chevalet, fresque, dessin et gravure.
Historiquement, son irruption dans le monde de l’art coïncide avec deux événements concomitants. D’abord l’effondrement de l’Ancien régime bourbonien : Charles IV manipulé par son fringant premier ministre Godoy, tous deux haïs par l’héritier de la Couronne, le futur Ferdinand VII, qui fera tout pour les chasser du pouvoir ; puis la Guerre d’Indépendance dont l’issue précipitera la chute de Napoléon. Entre 1808 et 1814, cette guerre civile et internationale mettra au

x prises, d’un côté plusieurs corps d’armée et des guérilleros patriotes soutenus par les forces anglo-portugaises de Wellington, et de l’autre les troupes françaises du « roi intrus », Joseph Bonaparte. Le tout dans un déchaînement de violence jusqu’alors inconnu dans la Péninsule.
Quel fut le positionnement de Goya dans le Madrid occupé et affamé ? Fut-il patriote ou collaborateur ? Que nous disent de cette Espagne tragique les 85 estampes des Désastres de la Guerre, titre qui fut inventé 35 ans après sa mort ? Cette série que Goya grava dans le secret entre 1808 et 1815 est-elle le simple témoignage d’un conflit européen du début du XIXe siècle ou ne viserait-elle pas plutôt à l’universel ?

Bernard Bessière, professeur émérite de l’Université d’Aix-Marseille, est spécialiste de l’histoire politique et culturelle de l’Espagne contemporaine, et de l’iconographie des pays de langue espagnole. Il vient de publier, en collaboration avec Christiane Bessière, La Peinture espagnole, [2e édition revue et actualisée], Presses Universitaires de Provence [PUP], 2018.