20 juin 2018

Les harkis. Rapatriés, réfugiés ou exilés ?

Abderahmen Moumen

En juin 2000, le président algérien Abdelaziz Bouteflika, en visite officielle en France, déclarait : « les conditions ne sont pas encore venues pour des visites de harkis (…) C’est exactement comme si on demandait à un Français de la Résistance de serrer la main d’un collabo ». Collabos, traîtres, mercenaires pour certains, auxiliaires de l’armée française abandonnés en Algérie pour d’autres, victimes d’une tragédie que la LICRA assimile à un crime contre l’humanité, la diversité des représentations des harkis et les conflits de mémoires à leur sujet sont le reflet de la complexité d’un drame algérien qui ne peut être vu de façon manichéenne.
Nous avons demandé à Abderahmen Moumen, auteur d’un ouvrage sur le sujet avec Fatima Besnaci-Lancou, de revenir sur les idées reçues, en traitant pour nous les conditions d’installation en France des familles d’anciens supplétifs, dits les harkis, ainsi que les représentations portées sur ce groupe social en formation après 1962.

Abderahmen Moumen, est historien. Il a soutenu une thèse en 2006 sur les rapatriés, pieds-noirs et harkis dans la vallée du Bas-Rhône (1954 – 2005) à l’Université de Provence. Il est chercheur associé au CRHiSM à l’Université de Perpignan, membre du Conseil scientifique du mémorial du camp de Rivesaltes et chargé de mission sur les mémoires de la guerre d’Algérie à l’ONACVG.

Abderahmen Moumen, Nicolas Lebourg, Rivesaltes, le camp de la France de 1939 à nos jours, préface de Philippe Joutard, Trabucaire, 2015.
Abderahmen Moumen, Fatima Besnaci-Lancou, Les harkis, Le Cavalier bleu, 2008.